Du désenchantement au réenchantement
La première conférence était effectuée par Stéphane Hugon, sociologue, ayant effectué son doctorat sur la construction de l’identité dans les réseaux, et responsable depuis 7 ans d’un groupe de recherche de 28 personnes, dont la moitié de Brésiliens, sur la technologie et le quotidien (Gretech)-Sorbonne-Paris.Par ailleurs co-fondateur de la société ERANOS.
Son propos, intitulé le temps des tribus, nous a conduit d’un certain désenchantement actuel, à la promesse d’un réenchantement prochain.
« La métaphore de la tribu veut dire qu’on va partager des territoires, qui peuvent être réels, tangibles, les bistrots par exemple, ou des territoires flottants, virtuels, comme internet. » (Michel Mafesoli, »Le Temps des tribus »).
Désenchantement produit en partie par la technologie. Dont il faut commencer par discuter.
Qu’est-ce qui est intéressant dans la technologie ? ce n’est pas tant la technologie. Elle n’existe que dans la mesure où elle révèle une nouvelle forme d’être ensemble, de nouveaux imaginaires. Il faut commencer par une analyse relationnelle, une analyse de l’être ensemble. Voilà un phénomène sociologique par excellence : comment on établit des relations de confiance, de construction d’un espace commun.
La technologie vient révéler, presqu’au sens photographique du terme, une société qui s’est transformée. Et ces mutations sociales sont des cycles majeurs de désenchantement et de réenchantement. Anthropologiquement, on parle de cycles de 130-160 ans.
Le désenchantement pour commencer. En une dizaine d’années, il y a eu comme un phénomène d’accélération de l’humanité qui voit se terminer un moment culturel commencé au début du XIXe siècle. Il y a un impact clair sur le lien social : refroidissement, contractualisation, judiciarisation, déracinement et isolement. Plus de 50% des habitants de Paris vivent seuls, par exemple !
Il y a également un impact sur la relation aux publics : homogénéisation, standardisation des expériences relationnelles et des discours des institutions. On observe ainsi un certain désinvestissement des grandes scènes qui ont construit notre société, comme le politique, le religieux, ou les syndicats.
On constate une saturation des autorités (père, professeur, police, institutions), et une délégitimité de la loi.
C’est vraiment un paradoxe, la société moderne est perçue comme négation de la personne et de l’être ensemble. On parle d’atomisation sociale, de foule solitaire.
On assiste à des phénomènes de dépolitisation, et de désyndicalisation. Mais jamais en totalité non plus : si les grands scrutins sont boudés (sensation de ne pas être écouté), les votes locaux ne le sont pas.
Ces individualisations, ces pertes de sentiments d’appartenance mènent à un étiolement de la Société, et à une perte de confiance dans les systèmes de délégation et de représentation. Ce qui engendre une expérience de l’ennui, voire une angoisse ; et la nostalgie communautaire, de l’âge d’or où les liens sociaux étaient bons.
Vient alors le réenchantement. Une appétence quasi irrationnelle pour les espaces communautaires.
On observe aujourd’hui une fascination pour la foule et le collectif. La foule n’est plus suspecte, n’est plus violence. La foule est le bain de jouvence, qui fait exister.
On comble l’ennui et l’angoisse par le sentiment d’appartenance. On suit des rites d’adhésion à des territoires identitaires. On adopte des objets transitionnels comme le mobile, qui apaisent l’isolement.
La technologie va être le creuset et l’espace le plus favorable pour manifester cette nouvelle forme de relations sociales.
[Ndlr: malheureusement Stéphane Hugon n'a pas pu développer sa deuxième partie sur les mutations de l'internet, du mass média aux médias réticulaires. Peut-être sera-t-il possible d'en parler dès que les transparents seront disponibles]
Lors des questions, Stéphane Hugon a pu préciser un rapport entre citoyenneté et territoires. Un des enjeux de la révolution française était de découper le territoire tout en respectant l’égalité et la citoyenneté. Cela fut fait en gommant les reliefs géographiques et symboliques ; en occultant les langues régionales et en homogénéisant les systèmes métriques. Il y a eu longtemps une tentative d’homogénéisation par négation du territoire. Territoire et citoyenneté étaient dès lors un paradoxe.
Aujourd’hui, le retour au localisme, au régionalisme, est un des vecteurs du retour à la citoyenneté.
Sur les classes sociales (autre question) et les populations déconnectées : s’il y a bien quelque chose qui brouille les cartes dans Internet, c’est la question des classes sociales. Internet offre la possibilité d’atténuer les différences des classes sociales. On s’aperçoit (étude sur les skyblogs) qu’il existe même des espaces où cette catégorie fondamentale que sont les classes sociales est fortement atténuée.




Twitted by matiasgrenn
29 sept 09 21 h 52 min[...] This post was Twitted by matiasgrenn [...]