Le pouvoir des foules
Tags: espace public, initiatives, réseaux sociaux, transfert de pouvoir, usages

Cet atelier matinal est l’occasion de faire un tour d’horizon rapide des usages des réseaux sociaux dans la sphère publique. Il s’agit également d’en appréhender leur appropriation à travers le développement d’initiatives et de leur contrôle par la sphère institutionnelle. Sans surprise, l’assemblée est majoritairement composée des services communication et de webmasters des milieux institutionnels et associatifs.
En l’occurrence, place de la Mairie à Rennes. S’inspirant du concept du flashmob en l’enrichissant d’une valeur de , MP3 Expériment a trouvé pour prétexte de rassembler la foule et de la faire danser depuis l’artère centrale jusqu’à un quartier plus excentré de la ville. Car le Triangle, officiellement baptisé cité de la danse, se situe dans le quartier du Blosne: le rapport va donc de soi. La valeur ajoutée de ce projet est donc le détournement du modèle géographique de Rennes (flux de population du centre vers le quartier, et non l’inverse). De plus, le fichier en question est une piste audio sur laquelle une voix indique à chaque personne, dans son casque audio relié à son iPod, lecteur MP3 ou smartphone, les instructions; directions et autres pas de danse à suivre, le tout dans un silence total vu de l’extérieur. Tout le monde appuie sur play au même moment, et cette drôle de symphonie mimée peut ainsi commencer. Cet évènement convivial et bon enfant est bien entendu réglé comme sur du papier à musique: chaque seconde compte. Les réseaux sociaux représentent le parfait outil pour créer le buzz et générer un effet de bouche-à-oreille qui concurrencerait toute campagne de communication classique digne de ce nom. Un teaser vidéo a toutefois été prévu pour expliquer le fonctionnement aux gens et élargir le public visé. Revenons-en maintenant à l’intitulé de cet atelier: le pouvoir des foules ne deviendrait-il pas dans ce cas le pouvoir sur les foules? Une fois que l’adhésion collective a opéré auprès des citoyens grâce à l’outil communautaire, peut-on réellement leur faire faire ce que l’on veut? On peut en tous cas leur reconnaitre leur pouvoir en tant que décisionnaires et acteurs de la collectivité, leur choix impactant la mise en scène de l’espace publique.
Grégoire du Pontavice travaille au centre culturel du Triangle à Rennes et est l’initiateur du projet MP3 Expériment, qu’il nous présente en détails. Dans le cadre du Festival Agitato en mai dernier, il a en effet proposé un nouveau projet, tout droit exporté d’outre-Atlantique puis adapté à la sauce rennaise. Le principe? Un fichier audio à télécharger via le site web et les différents réseaux sociaux utilisés par la structure culturelle, et à apporter avec soi lors d’un rendez-vous ouvert tous et fixé d’avance.
Nicolas Maurice, chef de l’unité internet de la préfecture de Police de Paris, partage ensuite avec nous la problématique des rassemblements spontanés émergeant des réseaux sociaux. Un retour sur l’apéro géant qui a eu lieu sur le champ de Mars en mai 2010 est l’occasion de prendre conscience des différentes réactions de la préfecture de Police de la ville de Paris, en lien avec sa politique de communication en ligne. A savoir: identifier les organisateurs de l’apéro géant afin de les informer sur la règlementation des festivités ayant lieu dans l’espace public; puis assurer une interface avec l’autorité présente alors sur le terrain. Ce programme repose entièrement sur Facebook, étant donné que le groupe présentant et annonçant l’évènement sur le réseau social n°1 en France et dans le monde était administré par ses organisateurs. Ces derniers ont ainsi été contactés via message direct individuel par la préfecture depuis son propre compte Facebook. Le dialogue recherché par les forces de l’ordre s’est bien passé, même si quelques craintes et réticences perdurent encore vis-à-vis des représentants de la loi. En effet, une convocation des administrateurs afin d’expliquer leur démarche a entrainé une rétractation de la plupart d’entre eux: le dialogue s’avère donc limité compte tenu de ces a priori de « flicage ». Le transfert du pouvoir de l’ordre public vers le citoyen, par le biais de l’outil ô combien démocratique que symbolise internet, ayant déjà eu lieu, ne serait-il pas désormais légitime de se demander si le rôle du pouvoir traditionnel reste à redéfinir? Pour réduire cette crise de confiance structurelle entre l’État et les individus, ne faudrait-il pas qu’un transfert de connaissance du web et de ses outils se mette progressivement en place (et ce, même s’il implique un déplacement de l’ordre décisionnel établi)? Dans ce cas, les réseaux sociaux ne seraient-ils pas le tremplin idéal?
Antoine Dupin, chargé de communication web à l’ESC Rennes et auteur du guide pratique « Communiquer sur les réseaux sociaux », nous expose quant à lui une série de préconisations concernant l’utilisation des réseaux sociaux au sein des organisations. Parmi elles, figure en tête l’impératif actuel de ne pas stigmatiser les réseaux sociaux. La tendance actuelle est à la diabolisation des réseaux sociaux, conséquence directe du manque de compréhension de ceux-ci en amont. Effectivement, lorsque l’on ne les maitrise pas, les enjeux des outils issus d’internet, du numérique et de la digitalisation de la société font peur. Et force est de constater que leur médiatisation n’aide pas à nuancer ce sentiment. La deuxième préconisation qui en découle directement est la différenciation entre les usages et les technologies. A l’échelle des réseaux sociaux, il est effectivement nécessaire d’apprendre à faire la distinction entre leur usage à travers les rassemblements (rencontres plus ou moins festives) via Facebook, de l’outil Facebook en lui-même. Enfin, le rôle des directions des structures (institutionnelles, associatives aussi bien que privées) est désormais d’assurer la formation des membres de leurs services à la veille, aux outils web et numériques. Rappelons ici que l’usage individuel au quotidien des réseaux sociaux est une réalité, alors qu’il n’existe aucune présence unanime dans les usages professionnels, et à plus forte raison, institutionnels. Antoine Dupin insiste particulièrement sur la notion de community management, associée à tord à un métier et qui mériterait au contraire d’être considérée et revendiquée comme compétence à part entière. De même, en terme d’éducation, il est grand temps de sensibiliser les plus jeunes aux enjeux des réseaux sociaux tels que Facebook et Twitter, notamment sur l’accessibilité des profils et l’ouverture des données personnelles. Le rapport à l’exposition à outrance que permet internet, ainsi que le fossé générationnel entre ses utilisateurs sont les priorités aujourd’hui.




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14 fév 11 0 h 46 min[...] This post was mentioned on Twitter by Antoine Dupin, Louise Selir. Louise Selir said: RT @AntoineDupin: "Le pouvoir des foules" résumé de mon intervention http://minu.me/3s09 [...]